Les chirurgiens portent des lunettes de réalité augmentée au bloc opératoire. La chirurgie vétérinaire sera-t-elle la prochaine étape ?
26 juin
Écrit par Vet Candy
Une nouvelle étude de validation de principe menée par l’UC Davis montre que la réalité augmentée permet de superposer des images diagnostiques 3D directement sur le champ opératoire canin, avec une précision spatiale accrue et sans perte de rapidité. Les résultats sont préliminaires, mais prometteurs. Voici ce que cela signifie concrètement.
La réalité augmentée s’est progressivement imposée dans les blocs opératoires humains depuis plusieurs années, superposant en temps réel des données d’imagerie, des repères anatomiques et les marges tumorales directement dans le champ de vision du chirurgien. La question a toujours été de savoir quand, et non si, cette technologie s’étendrait à la médecine vétérinaire.
Une nouvelle étude de validation de principe, publiée dans l’American Journal of Veterinary Research (AJVR), constitue une avancée significative pour répondre à cette question. Des chercheurs de l’UC Davis ont démontré que la visualisation guidée par réalité augmentée, superposée directement au champ opératoire, améliorait la précision spatiale lors d’interventions complexes au niveau de la tête et du cou, et ce, sans ralentir les chirurgiens.
Il s’agissait d’une simulation, et non d’un patient réel. Cependant, ces résultats méritent d’être pris en compte, notamment par les vétérinaires spécialisés en oncologie chirurgicale et en interventions cervico-faciales, où la précision des marges est primordiale.
Ce que l’étude a réellement démontré
Vingt-deux vétérinaires de l’école de médecine vétérinaire Weill de l’UC Davis ont participé à cette étude, qui utilisait une image holographique d’une tête de chien comme modèle chirurgical. Les participants portaient des lunettes de réalité augmentée qui projetaient des images diagnostiques 3D directement sur le champ opératoire simulé, leur permettant ainsi de visualiser simultanément l’anatomie interne superposée à la surface externe.
L’étude a mesuré deux critères d’évaluation clés : la précision spatiale (la capacité des chirurgiens à identifier et cibler précisément les structures) et la rapidité d’exécution (le temps nécessaire à la réalisation des tâches). Le groupe guidé par la réalité augmentée a démontré une précision spatiale accrue sans diminution concomitante de la rapidité d’exécution, ce qui constitue le résultat essentiel. En recherche sur les technologies chirurgicales, les gains de précision obtenus au prix d’un allongement significatif du temps opératoire sont beaucoup plus difficiles à justifier en pratique clinique.
« La technologie de réalité augmentée a le potentiel d’améliorer la précision chirurgicale en superposant des images diagnostiques 3D et des informations biologiques directement sur l’animal patient », a déclaré l’auteure principale, la Dre Stephanie Goldschmidt, professeure agrégée de dentisterie et de chirurgie buccale à l’UC Davis.
Pourquoi la chirurgie de la tête et du cou est le bon point de départ
Le choix des interventions chirurgicales de la tête et du cou comme cas d’étude n’est pas arbitraire. Il s’agit d’une des zones les plus exigeantes en termes de précision spatiale en chirurgie vétérinaire, notamment pour les résections oncologiques, où l’objectif est d’obtenir des marges saines sur des tumeurs situées à proximité immédiate de nerfs, de vaisseaux sanguins et de structures vitales qu’il est impératif de préserver.
Dans ces cas, le défi du chirurgien réside fondamentalement dans la traduction spatiale : il doit transposer mentalement les images d’un scanner ou d’une IRM sur l’anatomie tridimensionnelle qui se trouve devant lui, sur la table d’opération. Cette traduction mentale est une source d’erreur connue, et c’est précisément le problème que la réalité augmentée (RA) entend résoudre : en fusionnant l’imagerie et le champ opératoire en une seule vue en temps réel.
Tumeurs dentaires et buccales chez le chien, tumeurs nasales, lésions de la base du crâne : dans ces cas, une erreur d’appréciation des marges par le chirurgien peut avoir des conséquences immédiates et graves pour l’animal. L’intérêt potentiel de la radiothérapie stéréotaxique dans ce contexte est bien réel.
Ce que signifie réellement « preuve de concept » — et ce qu’elle ne signifie pas
Le choix des termes est important. Il s’agit d’une étude de validation de principe utilisant un modèle chirurgical simulé, et non d’un essai clinique sur des patients. Les 22 participants travaillaient sur une tête de chien holographique, et non sur un chien anesthésié sur une table d’opération, avec toute la complexité biologique que cela implique : variabilité tissulaire, saignements, gestion des instruments, surveillance du patient en temps réel.
Les auteurs sont clairs quant à la prochaine étape : les recherches futures porteront sur la transposition de ces résultats en milieu clinique. C’est le travail qui reste à accomplir avant que la chirurgie guidée par réalité augmentée ne devienne une option réaliste en pratique vétérinaire. Les aspects réglementaires, le coût du matériel, l’intégration au flux de travail et les besoins en formation sont autant de questions auxquelles une étude de validation de principe ne peut répondre.
Rien de tout cela ne diminue l’importance de cette découverte. Une preuve de concept démontrant une précision accrue sans perte de vitesse est exactement ce qu’il faut avant de s’engager dans des travaux de validation clinique plus vastes et plus coûteux. Le processus fonctionne comme prévu.
Où en est la médecine humaine et que nous apprend-elle ?
L’utilisation de la réalité augmentée en chirurgie humaine n’est plus expérimentale dans de nombreux centres : elle est désormais employée en pratique clinique pour les interventions orthopédiques, la neurochirurgie et certaines résections oncologiques. La maîtrise de cette technologie, les défis liés à son intégration dans les flux de travail et les coûts sont aujourd’hui mieux appréhendés qu’il y a cinq ans.
L’infrastructure existante constitue un atout pour l’adoption de la médecine vétérinaire. Le matériel est plus mature, les logiciels plus développés et il existe des modèles de validation clinique dont on peut s’inspirer, évitant ainsi de repartir de zéro. La chirurgie vétérinaire n’a pas à construire ce processus à partir de rien.
L’écart entre l’adoption de technologies comme celle-ci en chirurgie humaine et en médecine vétérinaire s’est considérablement réduit au cours de la dernière décennie. La réalité augmentée pourrait suivre une trajectoire similaire à celle de la laparoscopie et de l’imagerie avancée : un délai plus long qu’en médecine humaine, mais un objectif identique.
Conclusion pour les vétérinaires
Si vous pratiquez la chirurgie cervico-faciale, l’oncologie dentaire et buccale, ou toute intervention où la précision spatiale des marges est cruciale, cette technologie mérite toute votre attention. Les données de validation de principe sont encourageantes et l’équipe de recherche de l’UC Davis travaille actuellement à sa validation clinique.
Il ne s’agit pas d’un changement immédiat dans votre pratique. Mais c’est un signe que le débat sur la réalité augmentée en chirurgie vétérinaire est passé de « est-ce que cela pourrait fonctionner ? » à « voici des preuves de son efficacité en simulation, voyons si cela se traduit en pratique ». C’est un changement significatif.
Source : https://www.myvetcandy.com/news/2026/6/26/surgeons-are-wearing-ar-glasses-in-the-or-could-veterinary-surgery-be-next
L’article complet, comprenant des simulations vidéo de la procédure, est disponible dans l’AJVR.
Article complet dans l’AJVR : La réalité augmentée dans les interventions chirurgicales canines — American Journal of Veterinary Research




